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Le cas Mennel ou la leçon d’e-réputation

Avant propos : le ras de marée qui a innondé les médias et les réseaux sociaux suite à l’affaire Mennel m’a donné envie de revenir sur la question de l’identité numérique et notamment l’e-réputation, sujet vaste et important qui concerne bien tout le monde et pourtant reste très flou quand je l’aborde avec des individus. Il n’est donc pas question de juger les propos de Mennel mais bien de comprendre leurs conséquences.

Rappel des faits

Début février, Mennel IBTISSEM, jeune chanteuse est révélée au public via l’émission The Voice où elle fait sensation. Le jury s’enflamme et les réseaux sociaux aussi. La femme fait l’unanimité et séduit immédiatement les internautes par sa voix et son image : des yeux intenses et un turban pour couvrir ses cheveux assumant pleinement sa double culture. Pour renforcer cette position, elle opte pour un titre pas anodin : Halleluia qu’elle chante en anglais et dans sa langue maternelle.

Mennel semble être partie pour surclasser la compétition mais en quelques jours tout bascule, le buzz se transforme en bad buzz. La chanteuse est rattrapée par ses publications postées sur les réseaux sociaux il y a quelques années au moment des attentats. Oublié la chanteuse qui a fait sensation ; elle est désormais considérée comme une complotiste et reviennent avec elle, les débats autour du voile et de l’Islam. La chanteuse tente d’abord de désamorcer rapidement la bombe avec une justification sur son compte Instagram (voir plus bas). Rien n’y fait, comme le dit l’expression associée au bad buzz dès lors qu’il n’est plus rattrapable, la boule de neige s’est transformée en avalanche. Elle décide alors d’annoncer son abandon de la compétition en vidéo sur Facebook tout en expliquant les raisons de son choix.

Notoriété publique et petits secrets

En passant dans The Voice, Mennel est passée d’artiste plus ou moins populaire sur internet à la notoriété publique. La popularité aussi éphémère soit-elle, apporte ses joies mais aussi sont lot de désagréments : traque voire espionnage de la vie privée qui font ensuite la une des tabloïds et surtout des sites internet qui ont l’avantage d’être alimentés en temps réel. Les médias sociaux ont peu à peu changé ce rapport. Les personnalités ont bien compris qu’elles devaient maîtriser leur image et surtout pouvaient la contrôler en se servant de Facebook, Twitter, et Instagram. En créant leur propre communauté, elles ont pris les devant face aux médias qui révélaient leurs petits secrets. Ce sont désormais les personnages publiques qui partagent eux-même des moments de leur vie au quotidien ou annoncent des scoops en direct à leurs fans sans besoin de ces médias. Cela ne signifie pas pour autant la mort des tabloïds qui maîtrisent habilement la manipulation des informations à faible valeur ajoutée mais cela les oblige à trouver de nouveaux contenus pour garder toujours un coup d’avance et ne pas sombrer comme la presse.

Puisqu’ils sont dépassés de ce côté là, les médias pris de court doivent trouver d’autres informations à exploiter. Et ça tombe bien, il y en a tout un tas 😉 Les médias sociaux ne sont rien d’autres un puits sans fond dans lequel il suffit de chercher pour trouver. Et l’atout qui servait au people à gagner la bataille peut aussi se retourner contre eux. Dans les abîmes d’internet ou autrement dit dans les contenus postés du passé se cachent des tas d’informations qui ont fait écho dans des médias plus importants. Artiste, personnage politique, etc. ces personnalités un peu trop bavardes qui n’ont pas su contrôler leur communication numérique – et par extension leur image sur internet – ont subi les foudres après avoir vu leurs publications ressortir du passé. Un phénomène lié à la médiatisation dont a été victime Mennel qu’on peut associer à l’e-réputation.

C’est quoi l’e-réputation ?

Dans mes formations en marketing digital, j’aborde le sujet de l’e-réputation auprès des étudiants au travers des notions de professional & personal branding. Il est faux de penser que de ne pas avoir un compte Facebook vous dispense de cette lecture 🙂 Ce sujet concerne tous les internautes dès lors qu’ils ont une présence sur internet, même ceux qui sont inactifs…

Alors l’e-réputation c’est quoi ? En terme simple, c’est l’opinion que l’on se fait d’une personne morale ou physique à partir de ses contenus (textes, photos, vidéos, sons) mais aussi ceux publiés par les internautes. Que vous soyez ou non l’auteur(e) des contenus, l’e-réputation vous concerne. Vous l’aurez compris, elle peut de ce fait être subie ou consciemment véhiculée. Les stars et sportifs dont l’image représente une part substantielle de leur popularité et notoriété devraient – je dis bien « devraient » car elles ne le font pas toutes malheureusement – réfléchir deux fois quand elles postent des contenus pour éviter des erreurs de communication. Pour les plus à l’aise, elles gèrent elles-même leurs comptes, d’autres font appel à des professionnels pour éviter les erreurs. Et même quand elles ne pensent pas à mal, c’est parfois leur communauté qui les remet à leur place comme ce fût le cas dans l’affaire GRIEZMANN qui avait choisi de se peindre en basketteur noir pour rendre hommage aux Harlem Globe Trotters.

L’e-réputation concerne bel et bien tout le monde et prend d’ailleurs de plus en plus d’importance. Dans le monde professionnel, lorsque vous soumettez votre candidature, les recruteurs vérifient votre identité sur Google et font un tour sur vos profils comme Linked’in par exemple avant de vous contacter. Il y a quelques années, certaines agences dites nettoyeuses du web ont vu le jour. Moyennant un coût, elles ont pour mission de contrôler les informations sur internet qui vous concerne et si elles posent problème, de les faire effacer dans la mesure du possible ou si ce n’est pas faisable de les repousser le plus loin dans le moteur de recherche. C’est un peu comme cacher la poussière sous le tapis, ça ne disparaît pas mais ce n’est pas visible au premier abord. On peut donc imaginer que quelqu’un avec une mauvaise intention et de la volonté puissent faire ressortir des contenus du passé que vous aviez totalement oublié. Voilà pour un cas concret qui est déjà pratiqué dans le monde du recrutement. Et dans la vie de tous les jours ? On parle d’obtenir ou non des prêts d’argent en fonction de votre e-réputation…. Et malheureusement, il est faux de penser qu’il suffit de couper l’alimentation pour que tout s’arrange. La solution ? Prendre les devants (voir plus bas).

Mennel a donc maladroitement utilisé les réseaux sociaux sans contrôler sa e-réputation. Artiste peu connue avant son apparition sur le petit écran, elle a comme tout le monde posté des contenus sous le coup des sentiments sans penser aux conséquences. C’est son passage à la notoriété publique qui a été enchaîné la médiatisation de cette affaire et lui a donné toute l’ampleur. Si la compétence numérique manque, il convient de faire appel à des professionnels capables de retrouver les éventuelles publications qui peuvent poser soucis et les supprimer.

Quelques conseils pour maîtriser son e-réputation

Tout le monde ne tombera pas dans la notoriété publique, il n’empêche que l’e-réputation concerne chacun d’entre nous à différents niveaux. Elle vaut pour toutes les personnes et

Réfléchir avant de publier

Il est très facile de se créer un compte sur Facebook ou Twitter. Ces plateformes qui permettent de publier n’importe quoi – il suffit de faire un tour sur Twitter pour se rendre compte des risques pris par les twittos – laissent penser qu’elles sont la porte ouverte à la liberté d’expression mais cette dernière a bel et bien des limites. Les coups de sang et autre publications lâchées sans auto modération n’ont rien à faire sur les réseaux sociaux et/ou forums. Il existe des CGU qui fixent les règles sur ce qui peut être posté ou non. Sur les forums la présence des modérateurs apportent un contrôle supplémentaire. Sur les réseaux sociaux chacun peut signaler une publication qui pose souci.

Ce que la loi dit

Ne jamais oublier que ce que vous publiez sur les réseaux sociaux – je ne parle pas des messages privés à un destinataire – équivaut en terme judiciaire à la même chose que de communiquer votre message dans un espace public. Dans la théorie si vous pensez que « comme c’est sur internet vous ne risquez rien », sachez que vous vous exposez à une forte amende et de la prison ; ça fait cher le tweet ou le post facebook. Certains internautes en ont déjà fait les frais à l’époque des tweets qui mentionnaient « Juifs au four » ou encore « Arabes dehors »

Posséder deux identités

Il ne s’agit pas de tomber dans la schizophrénie mais de dissocier les contenus publiés à titre personnel et professionnel. Vous l’aurez compris, pour cela il vous faut deux comptes. L’un sous pseudonyme, l’autre sous votre vraie identité. Restez vigilant tout de même malgré cette option. Elle ne vous protège pas de ce que vous postez car il est toujours possible de découvrir votre identité soit par recoupement soit par voie judiciaire. Pour rappel, dans sa quête à la suppression des faux comptes et responsabiliser ceux qui postent des commentaires, Facebook interdit d’avoir un compte sous pseudonyme et Twitter est en train de suivre une voie similaire avec l’authentification des comptes.

Tenter de faire supprimer des contenus

Enfin le droit à l’oubli instauré en Europe donne désormais la possibilité de faire supprimer ou déréférencer certains contenus du moteur de recherche de Google et Bing. N’y compter pas faire supprimer votre casier judiciaire mais des informations qui peuvent porter préjudice à votre e-réputation et employabilité. La démarche se fait sur formulaire et après examen au cas par cas.

La CNIL a rédigé un billet pour mieux comprendre la différence entre suppression et déréférencement et comment les mettre en oeuvre.